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D'après l'analyse trimestrielle d'Altères de ce début d'année, pas vraiment de bonnes nouvelles du côté des défaillances d'entreprises. Leur taux a augmenté de 3,4 % sur le premier trimestre 2014, pour atteindre un nombre quasi identique à celui constaté en pleine crise. Autant dire que l'on stagne dans le creux de la vague des dépôts de bilan.

Les entreprises restent fragilisées par un manque de cash qui, sans surprise, peut devenir insurmontable et pousser à recourir aux crédit fournisseur. L'alternative n'est bien sûr pas viable, risquant de plus de fragiliser tous les partenaires commerciaux. Ainsi,  prévention du risque commercial et financier sont plus que jamais de mise. De même pour le règlement des retards de paiement, crucial pour regonfler la trésorerie.

Derrière cette augmentation générale des défaillances, des nuances s'imposent toutefois. Certaines entreprises tirent tout de même mieux leur épingle du jeu.

Les PME mieux loties que les petites structures frappées de plein fouet


Les PME de plus de 50 salariés voient leur taux de défaillance diminuer de 28%, pour atteindre le plus bas niveau depuis le cœur de la crise en 2009. De plus, pour celles qui connaissent des difficultés, l'essentiel a obtenu du tribunal de poursuivre l’activité sous redressement judiciaire.

A contrario, les micro-entreprises sans salarié ont déposé plus massivement au cours de ce premier trimestre: leur taux de défaillance grimpe de 14%. Celui des TPE comptant 10 à 19 salariés suit, augmentant de 1,3 %. Ce sont ainsi 7 000 entrepreneurs sans salarié qui ont été frappés et pour 80% d'entre eux, la situation financière était si fragile que l'activité a été immédiatement liquidée. 

Le BtoB rit, le BtoC pleure


Les défaillances n'ont pas concerné de façon égale les différents types d'activité.

Ainsi, l'industrie manufacturière et le commerce inter-entreprise reprennent des couleurs. Leurs taux de défaillance chutent respectivement de 7% et de 2,8%. Ces secteurs reflètent la reprise amorcée et pourraient devenir des locomotives pour l'économie en général.

Par contre, les difficultés s'accentuent dans les activités proches du consommateur. Commerce de détail dans plusieurs métiers de bouche et services à la personne, en particulier, voient le nombre de défaillances augmenter au cours de ce premier trimestre.

En conclusion, les entreprises restent fragilisées par un niveau de trésorerie particulièrement bas et continuent d’en subir les conséquences. Pour combien de temps encore ? Probablement tout au long de l’année si les prévisions de croissance ne s’améliorent pas davantage…

Télécharger le rapport Altares ici


Philippe Bernis (Direct Recouvrement)


"Risque" et "client" peuvent sembler antinomiques  - après tout les clients sont autant d'opportunités de se développer pour l'entreprise. Pourtant, un quart des entreprises ayant déposé le bilan en 2013 est arrivé à cette extrême à cause de retards de paiements et d'impayés. Le risque d'impayé - ou risque client - représente donc une sérieuse menace pour l'entreprise.

Etape n°4 pour maîtriser ce risque : la facturation

Avant la prestation, on se renseigne avec minutie sur le prospect, puis on lui fait signer un engagement (contrat, bon de commande) qui passe les conditions de paiement au peigne fin. Après la prestation, une fois la preuve d'acceptation obtenue au moment de la livraison, vient la facturation. Elle doit répondre à un certain formalisme pour ne pas prêter à interprétation ou être remise en cause :

Clarté, cohérence et conformité : voici trois qualités de la facture parfaite. La facture doit être rédigée de façon simple, en cohérence avec le bon de commande. Difficile en effet d'exiger paiement d'une prestation qui, sur le papier, ne correspond pas à ce qui a été commandé dans le bon de commande...

Une facture en bonne et due forme véhicule une image de rigueur et de sérieux, un atout pour bien engager le règlement ! En double exemplaire, elle doit respecter les mentions obligatoires, à savoir :

- Le nom des parties ainsi que leur adresse,
- La date de la vente ou de la prestation de service, la quantité, la dénomination précise,
- Le prix unitaire hors TVA des produits vendus et des services rendus
- Le cas échéant, toute réduction de prix acquise à la date de la vente ou de la prestation de services et directement liée à cette opération de vente ou de prestation de services, à l'exclusion des escomptes non prévus sur la facture.
- La date à laquelle le règlement doit intervenir.
- Les conditions d'escompte applicables en cas de paiement à une date antérieure à celle définie par les conditions générales de vente,
- Le taux des pénalités exigibles le jour suivant la date de règlement inscrite sur la facture et le montant de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement due au créancier en cas de retard de paiement.

Viser le bon interlocuteur : Il faut décrypter qui fait quoi dans l'entreprise cliente et cibler la personne qui déclenche le paiement. Adresser la facture à la bonne personne, en exemplaire papier doublé d'une copie pdf par mail, réduit les délais d'encaissement.

Pour approfondir - les autres étapes pour maîtriser le risque client :

La prospection: cibler les entreprises fiables
La commande : mettre la relation client sur de bons rails
La livraison : des justificatifs anti-contentieux
La relance et l'encaissement : un peu de méthodologie s'impose

Philippe Bernis - Direct Recouvrement


Votée en mars 2014, la loi relative à la consommation se penche sur les relations commerciales entre entreprises. Elle vise à optimiser leur trésorerie en réduisant les délais de paiement. L'objectif est louable compte-tenu que la France reste championne des retards de paiement : leur taux dépasse de 10 points la moyenne européenne d'après une étude d'Altares.


Les modalités de cette nouvelle loi et ses moyens de contrôle peuvent-ils vraiment accélérer les entrées de cash ?

Du nouveau sur les conditions générales de vente et les délais de paiement.

Tout d'abord, la loi stipule que les conditions générales de vente constituent désormais l'unique socle de la négociation commerciale. Elles doivent bien sûr être discutées et aboutir à un accord. Une trace écrite est exigée comme preuve du processus, notamment en termes de prix négocié et de prestations ou produits. Exit, donc, les conditions générales d'achat que les grands donneurs d'ordre imposent à leurs petits sous-traitants.


La nouvelle loi revoit également le délai de paiement de factures bien précises: les factures périodiques et intermédiaires dans une prestation globale, émises en fin de mois. A présent, le débiteur doit les régler sous 45 jours à compter de la date de facturation - contre 60 jours date de facture ou 45 jours fin de mois jusqu'alors.

Des amendes rédhibitoires

Certaines entreprises resteront-elles tentées de reculer un paiement, de jouer sur le calcul de la date d'exigibilité ou de glisser dans un accord des clauses ou pratiques qui retardent abusivement le point de départ des délais? Attention: en cas d’abus, l'amende s'élève à 75.000€ pour une personne physique et 375.000€ pour une personne morale. Les montants doublent si le client indélicat réitère dans les deux ans suivant une première sanction.


Pour que ces dispositions ne restent pas lettre morte, le législateur  a aussi prévu de renforcer le pouvoir d'injonction et d'enquête de la DGCCRF.


Toutefois, l'application de cette nouvelle réglementation va-t-elle porter ses fruits?

Quelques bémols

Les nouvelles sanctions légales sont un point fort de cette loi, à condition qu'elles soient suivies de faits. La DGCCRF se pose comme Robin des Bois des entreprises lésées, mais qui pourra la saisir? Quels sont les moyens d'une PME pour lui demander de contrôler au cas par cas un débiteur donné? L'administration a-t-elle seulement des moyens de contrôle adaptés ?


Concernant les nouveaux délais de paiement, ils vont en fait concerner peu d'entreprises, hormis le secteur de la grande distribution où les factures périodiques sont de mise. D'ailleurs, imposer un délai de 45 jours pour des factures émises en fin de mois équivaut à rétablir un délai moyen de 60 jours, puisque la date médiane de facturation est le 15 du mois. Le délai reste, au final, largement en faveur du débiteur.


Philippe Bernis (Direct Recouvrement)